La France
e 17 novembre 1892, le général Dodds entre à Abomey, capitale du royaume de Dan-Homey, à la tête d'une colonne des troupes coloniales françaises. Le roi Béhanzin (1844-1906), qui lutte contre les envahisseurs, a fui en incendiant son palais. Après quatorze mois de guérilla, il se rendra à Dodds. Ce dernier, qui a retrouvé le trône du souverain intact, l'envoie en France, où il figurera, parmi d'autres "trophées", au Musée d'ethnographie du Trocadéro.
Béhanzin roi d'Abomey, sous la direction de Marie-Cécile Zinsou, Fondation Zinsou/Musée du quai Branly, 156 p., 35€.
Le Musée du quai Branly en a hérité via le Musée de l'homme. Cette pièce symbolique est aujourd'hui au coeur de l'exposition organisée par la Fondation Zinsou, à Cotonou, principale ville de la République du Bénin (ex-Dahomey), qui célèbre le centenaire de la mort de Béhanzin, devenu héros national. Azouz Begag, ministre français délégué à la promotion des chances, représentant l'ancienne puissance coloniale, a fait le voyage pour l'occasion.
Le Musée du quai Branly a prêté pour l'occasion une trentaine de pièces qui toutes ont un rapport avec le souverain, exilé à la Martinique puis à Alger, où il mourra. L'exposition est d'abord historique, avec force documents (lettres, journaux illustrés, photographies) racontant la lutte du roi contre les Français.
Dans une lettre adressée à Dodds, Béhanzin, habile négociateur avec les colonisateurs, reste néanmoins ferme sur ses positions : il est maître chez lui et a le droit de faire la guerre aux autres nations africaines. Hélas, ces dernières sont souvent les alliées de la France
Les objets exposés témoignent allusivement de la vie quotidienne du souverain et de l'organisation de son Etat. Les récades, sorte de bâtons de commandement ornés de symboles, étaient portées par les dignitaires (et le roi lui-même). Les sabres, les talismans et les figures d'Amazones rappellent l'existence de cet important corps d'élite féminin au sein des troupes de Béhanzin. Un très bel asen, autel portatif métallique, est surmonté d'une panthère, ancêtre mythique de la famille royale d'Abomey.
A LA FOIS RÉBUS ET TABLEAU
On peut aussi envisager ces mêmes objets sous un angle esthétique. Les portes du tombeau du roi Glélé, père de Béhanzin, ont été réalisées par un sculpteur, Sosa Adede, dont le nom est parvenu jusqu'à nous. Les motifs polychromes en bois découpés - armoiries des ancêtres du roi - sont fixés à la porte
On peut voir, à la Fondation Zinsou, une immense et magnifique tenture conçue sur le même principe des pièces rapportées, à la fois rébus et tableau commémoratif au service de la lignée royale. Certains de ces symboles ont été repris par le peintre Cyprien Tokoudagba (né en 1939), dont les toiles à l'acrylique ponctuent judicieusement l'exposition.
Le peintre béninois - repéré en France dès 1989, à l'occasion de la manifestation des "Magiciens de la terre" au Centre Pompidou - avait déjà fait l'objet d'une exposition à la Fondation Zinsou. Cette jeune institution est présidée par une Franco-Béninoise tout aussi jeune, Marie-Cécile Zinsou (24 ans), qui a ouvert cet espace au coeur de Cotonou
Les raisons du succès de la Fondation ? "Son entrée est gratuite et les salles sont climatisées", répond avec humour Marie-Cécile Zinsou, qui sollicite particulièrement les milieux scolaires et prépare des expositions itinérantes à travers les principales villes du Bénin. Elle a également édité en CD une version rap de l'histoire du roi Béhanzin, avec le groupe Ardiess Posse.
L'exposition a coûté 250 000 euros, dont 70 000 euros ont été couverts par le mécénat. Pour sa part, le Quai Branly a fait don des grandes bâches photographiques qui ornent la cour du palais de Béhanzin que l'on peut visiter à Abomey, à 150 kilomètres de Cotonou.
Emmanuel de Roux
Article paru dans l'édition du 24.12.06.

































Commentaires